Projet reculée de la Vallière : diagnostic des ressources et mise en valeur de la Vallée

Il s’agit du dossier envoyé en janvier 2020 à la DRAAF (direction régionale de l’alimentation l’agriculture et de la forêt), et qui a été accepté et aidé financièrement (7 821 €) par ce service de l’état.

La Vallée de la Vallière est une reculée typique du Jura avec sa rivière et ses villages en fond de vallée.
Quatre villages la composent :
REVIGNY (250 habitants) en fond de reculée ;
CONLIÈGE (670 habitants) à mi chemin dans la Vallée ;
MONTAIGU (450 habitants) en hauteur sur un piton tel une sentinelle, mais dont les pentes descendent jusqu’au village de Vatagna près de la rivière ;
PERRIGNY, (1520 habitants) plus urbain, situé dans la zone d’agglomération de la ville préfecture du Jura LONS LE SAUNIER.

L’axe global de la Vallée est Sud-Est/Nord-Ouest. Sa longueur à vol d’oiseau est d’environ 6,3 km. Le dénivelé des pentes, entre rivière et bords du premier plateau, est d’environ 200 mètres. Chaque commune s’étend jusqu’au plateau où se situent les bois communaux en régime forestier. L’ensemble communal fait partie de l’Espace Communautaire Lons Agglomération (ECLA).
Initiative du projet

L’association « Défense Vallée Vallière » (DVV) qui lutte depuis 2002 contre le trafic poids lourds dans les villages, a su fédérer habitants et élus dans un même mouvement, pour défendre un lieu de vie apprécié par tous. Fin 2016, elle avait mandaté le pôle projets et territoires du Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole (CFPPA) de Montmorot, afin de réaliser un travail d’analyse de besoins pour un projet de territoire de la Vallée de la Vallière.
Cette association DVV est à l’initiative du projet actuel. Elle en est toujours partie prenante (y compris financièrement), mais a demandé à la Commune de PERRIGNY d’être le porteur de projet. Celle-ci a immédiatement répondu favorablement compte tenu des enjeux et perspectives pour le territoire.

La force principale de la Vallée est sa richesse,

Architecturale avec un patrimoine bâti important et de nombreux édifices protégés dans les quatre communes, mais également les ouvrages d’art sur les deux anciennes lignes de voies ferrées (viaducs, tunnels) ;

Environnementale, du fait de sa typicité géologique comme toutes les reculées jurassiennes, mais jamais mis en valeur contrairement à ses voisines, et qui se caractérise par :
ses nombreux chemins de randonnée, ses deux anciennes voies ferrées dont une est en voie verte (travaux de l’Espace Communautaire Lons Agglomération -ECLA), mais également :
ses habitats protégés : falaises, biotope du Faucon Pèlerin, du Grand Duc d’Europe, forêts mâtures de pente, favorables au Milan Royal, au Lynx d’Europe ;
ses habitats ordinaires : Chamois, Vipère aspic, Salamandre tachetée… formant une trame verte enveloppant les contreforts entre pentes et plateaux
la Vallière, réserve de pêche en amont et sites de pêche en aval, truites Fario et Arc-en-ciel (l’une des seules populations reproductrices jurassienne !) ;
les eaux de sources avec de nombreux captages d’eau potable historiques répartis sur les quatre communes.
Cependant, si les pentes de la reculée était largement recouvertes de vignes encore en 1900, le phylloxéra puis une déprise agricole progressive tout au long du XX° siècle ont complètement modifié le paysage de la Vallée.

Les photos aériennes à différentes époques du XX° siècle montrent la progression des bois depuis les hauteurs pour se rapprocher des villages par l’extension des friches. Les multiples parcelles de petites dimensions se couvrent progressivement de ronces, puis de prunelliers, enfin d’arbres : faux-acacias (robiniers), érables, frênes. Ainsi, les perspectives paysagères se ferment peu à peu.
C’est à ce propos que des diagnostics, des concertations et des discussions se sont engagées depuis plusieurs années avec certains acteurs locaux (CFPPA Montmorot, JNE, …) , et de façon plus récente, avec l’ADEFOR 39 pour évaluer le potentiel de réouverture de la vallée, demande forte des habitants et des élus. En deux ans le projet est mieux défini pour : imaginer un autre dessin de la Vallée et pour cela, établir un diagnostic des ressources forestières, et agricoles, tout en identifiant et mettant en valeur le territoire avec sa richesse environnementale.
Les faiblesses sont essentiellement la topographie des lieux avec certaines zones peu ou pas accessibles et un état parcellaire extrêmement morcelé qui rend très difficile l’installation de nouvelles activités agricoles. Par ailleurs pour les quatre communes, il existe un Plan de Prévention des Risques Naturels (PPRN) mouvement de terrain, essentiellement sur les parties hautes des pentes, et un PPRN inondations pour la partie basse de la vallée. Auxquels s’ajoutent les phénomènes de ruissellement de pente qui ne sont pas inclus dans le PPRN mais participent aux inondations par l’afflux massif des eaux pluviales et par l’activation des sources temporaires lors des saturations du réseau karstique souterrain.
La menace principale est la poursuite de la banalisation paysagère par la progression des friches, l’abandon de certaines pâtures actuellement actives, et un difficile retour en arrière. La « féralisation » de la reculée n’est pas un obstacle en soi, et peut même être bien accueillie mais doit répondre à un acte volontaire, limité, tout en permettant l’exploitation des zones propices et décidées.
Des opportunités convaincantes se sont offertes récemment aux communes pour imaginer des groupements de parcelles :
des arrêtés préfectoraux proposant aux communes l’incorporation de parcelles présumées sans maître, dans le bien communal (quatre ont été incorporées à Revigny en 2018)
des successions dont les notaires proposent des parcelles en biens indivis aux communes ;
des propriétaires qui cèdent pour l’euro symbolique des parcelles aux communes (4 parcelles en 2019 à Revigny), dont l’acquisition peut se faire par acte administratif.
D’autres opportunités sont en rapport avec les ressources de la Vallée.
Les ressources de la Vallée sont peu exploitées.

Au niveau forestier, les multiples parcelles évoluées en bois restent inexploitées. Sur la pente la mieux exposée au soleil, à mi hauteur se situe une longue bande d’acacias facilement identifiables au printemps, mais qui demeurent inexploités.

Si certaines parcelles sont très difficilement exploitables du fait de leur inaccessibilité, d’autres pourraient être mobilisées. L’ADEFOR 39 a montré dans le haut Jura les possibilités d’exploitation en accompagnant les propriétaires forestiers privés dans la gestion de leur patrimoine.

Au niveau agricole, il reste quelques exploitations agricoles avec surtout des pâtures qui préservent la vallée de l’enfrichement. Mais de nombreuses parcelles parfaitement accessibles, situées en partie basse de la vallée sont désormais en friche. Deux exploitations viticoles de qualité sont présentes. Récemment deux jeunes viticulteurs se sont installés. Les quatre communes sont en AOC « Côtes du Jura ». Le Comité Interprofessionnel des Vins du Jura (CIVJ) a fait récemment un recensement des terres disponibles à la plantation de vignes sur 49 des 105 communes du vignoble du Jura. La demande de plantation existe. Mais, là comme ailleurs, le morcellement parcellaire est un handicap, tout comme la difficulté d’identifier les propriétaires héritiers. La directrice et le président du CIVJ sont particulièrement intéressés par notre projet qui permettrait de créer une dynamique autour de ces parcelles… et être ainsi « facilitateur » en vue de regroupement et acquisition pour de futures plantations. De la même façon les Espaces Tests Agricoles du Lycée de Montmorot sont intéressés par notre projet et pourraient accompagner de jeunes agriculteurs sur ce secteur. Enfin, comme l’a souligné récemment la Chambre d’Agriculture du Jura, plusieurs projets caprins sont à la recherche de foncier. A noter que certaines parties de la reculée sont riches en eau et faciliteraient de telles implantations agricoles.
Le projet comporte trois volets dont l’identification diagnostique est primordiale :

  • Environnemental avec définition des enjeux écologiques locaux prioritaires :
    Protection des sources d’eau potable et leurs captages,
    Diagnostic écologique des espèces faunistiques indicatrices de la qualité des milieux en présence (forestiers, rupestres, prairiaux…), identification des enjeux inhérents (conservation, restauration, non gestion…),
    travail de cartographie : des habitats, des connectivités biologiques, des zonages existants… et inventaire,
    Identification d’actions structurantes à mener (structuration et renforcement de la trame verte et bleue locale) et expérimentations dans le cadre du projet,
    De manière transversale, concertation avec les acteurs du territoire et les partenaires de l’action.
  • Agricole avec repérage des parcelles d’intérêt agricole, diagnostic pastoral, cartographie des aptitudes agronomiques, avec utilisation actuelle de la Surface Agricole Utile, réunions de concertations avec les acteurs,
  • Forestier : caractérisation des typologies forestières, relevé cartographique des dessertes existantes et de leur état/potentiel, récapitulatif quantitatif estimé du gain forestier, repérage des zones inaccessibles et écologiquement riches (zones « d’exclusion »…), et au contraire des voies possibles existantes ou envisageables d’exploitation, définition et traçage d’un « trait » de défrichement souhaité pour permettre le déploiement d’un programme d’actions inhérentes. Enfin étude foncière (état de la propriété).

Trois diagnostics ont été demandés :

  • Agricole à la Chambre d’Agriculture du Jura
  • Forestier à l’ADEFOR 39
  • Environnemental à Jura Nature Environnement.

Les devis des diagnostics sont joints au dossier. Ils seront rediscutés en réunion de concertation technique avec les élus et les trois prestataires pour répartir les rôles de chacun, leur chronologie, et envisager les suites à donner et la conduite de projet. Pour cela un comité de pilotage sera institué (COPIL) entre les communes, l’association et un coordinateur. Ce COPIL pourra être élargi selon les actions en cours. Il sera défini avant le démarrage des travaux, et après les élections municipales.
Le projet ne cesse de se construire et se précise tout au long des discussions avec nos partenaires. Si les diagnostics ont été décidés rapidement comme un préalable indispensable, les idées se précisent actuellement sur les suites à donner, et notamment la coordination technique, la synthèse des résultats, et la démarche de projet qui en découlera. Le COPIL aura besoin d’un appui technique le plus transversal possible. Aujourd’hui il n’est pas encore nommé. C’est pourquoi, avant le démarrage des travaux d’étude, le COPIL devra affiner les diagnostics demandés, préciser la tâche de chacun et trouver un financement pour la coordination technique.

Les partenaires identifiés actuellement sont :
CAUE pour l’approche paysagère et les préservations à envisager dans les zones proches des villages;
ECLA pour ce qui concerne la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations ; la gestion des voies vertes ; l’accompagnement et l’aide de la transition écologique globale du territoire communautaire
PETR (pôle d’équilibre territorial et rural du Pays Lédonien) pour la stratégie territoriale (SCOT Pays Lédonien et déclinaison locale), la filière d’approvisionnement local en bois énergie ;
DVV (Défense Vallée Vallière), initiateur du projet, pour la concertation avec les habitants et les acteurs locaux ;
La Gaule Lédonienne pour la surveillance de la faune et la protection du milieu aquatique, et éventuellement renaturation de la rivière sur le territoire considéré par le projet ;
CFPPA (centre de formation professionnelle et de promotion agricole) de Montmorot qui a déjà travaillé pour l’association DVV sur les villages de la reculée, dans son pôle projet de territoire. Il pourra être sollicité pour la concertation avec les habitants mais également dans son pôle ETA pour la recherche d’acteurs potentiels à la recherche de foncier agricole ;
Lycée de MANCY (BTS développement et animation des territoires ruraux) pour d’éventuels projets tutorés ciblés;
CIVJ pour les demandes de foncier viticole ;
Confédération paysanne, et GAB (groupement des agriculteurs biologiques) pour la recherche de porteurs de projets, pour l’aide à affiner les besoins fonciers ;
La plateforme régionale SIGOGNE pour les analyses fines d’enjeux écologiques (espèces et habitats);
PDIPR (plan départemental des itinéraires de petites randonnées) concerné dans les ouvertures de paysage ;
Direction départementale des Territoires pour ce qui concerne les PPRN.
Ville de Lons-le-Saunier, pour la gestion et la préservation de la ressource en eau potable (compétence transférée prochainement à ECLA).
Le résultat attendu doit nous permettre de définir :

les zones à privilégier pour chacun des trois volets et dessiner une carte imaginaire de ce que pourrait être la Vallée
en pratiquant une réouverture agricole et paysagère,
en permettant une exploitation d’une partie de la zone forestière tout en préservant les zones à haute valeur environnementale – les laisser rejoindre un état féral à l’instar de ce qui est fait dans le Parc Naturel Régional des Vosges du Nord par Jean-Claude GENOT – en constituant par exemple des îlots de sénescence, sur beaucoup plus de 1% (bois communaux en régime forestier) et plus largement répartis.
La topographie des lieux s’impose à nous mais le morcellement parcellaire peut être résolu au prix d’une campagne d’information, réunions, prospections, bourse foncière… avec les structures comme l’ADEFOR mais aussi la Chambre d’agriculture, les Communes et Jura Nature Environnement. Sur ces zones définies le groupement de parcelles agricoles comme forestières doit permettre l’exploitation et aboutir à la valorisation des ressources de la Vallée de la Vallière tout en faisant évoluer le paysage vers une plus grande ouverture.
Les différentes phases du projet :

Nous détaillerons particulièrement la partie diagnostique. Le calendrier en 2020 est à titre indicatif.

Le calendrier a été modifié du fait de la période de confinement et a été reporté à septembre pour la phase 1 et octobre pour la phase 2.

– Phase 1
Formation du COPIL. Reprise des diagnostics réalisés et prévus en reprécisant les objectifs du projet et de chaque prestataire de façon complémentaire et partagée.

– Phase 2
Étude écologique et paysagère (JNE, CAUE).
Cartographie de la desserte (ADEFOR)
Un nouveau COPIL présentera alors la carte des enjeux et pourra préciser et ajuster les demandes à la Chambre d’Agriculture et ADEFOR.

– Phase 3
Réalisation des diagnostics (ADEFOR, Chambre d’Agriculture).

– Phase 4
Synthèse et élaboration d’un programme d’actions (sur 6 ans environ), et de suivi.

Phase 5
Auto-évaluation par le COPIL selon les critères préalablement fixés, appréciations de l’avancé des travaux par rapport aux moyens et actions mis en oeuvre, et communication aux acteurs, financiers et habitants.
Conclusions

Le but ultime du projet est de :

Préserver et valoriser :

  • le patrimoine naturel de la Vallée,
  • le paysage, en luttant contre sa fermeture, pour aller vers une mosaïque de milieux,
  • la biodiversité par l’alternance de forêts exploitées ou non, de pâturages et terres cultivées (agro-écologie…),

Participer à l’amélioration de la qualité de vie en orientant les projets d’aménagement dans le respect de l’environnement, en informant les publics, les sensibilisant, les initiant à découvrir leur territoire, et les invitant à participer au projet.
Contribuer au développement économique et social en valorisant les ressources naturelles et humaines,
Réaliser des actions expérimentales exemplaires innovantes et pédagogiques sur la Vallée.
Favoriser la résilience du territoire face aux différents écueils ou/et chocs possibles dans les années futures que ce soit en rapport avec les risques naturels et climatiques ou l’évolution des besoins énergétiques, alimentaires et sociaux.

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